Travail posté

Rédigé par des auteurs spécialisés Ooreka  À jour en décembre 2019

Sommaire

Le travail posté, également appelé travail en équipes successives alternantes ou travail en rotation, est un mode particulier d'organisation du travail. Les travailleurs postés réalisent alors des horaires atypiques. Mais qu'est-ce que le travail en équipe et quels sont ses avantages et inconvénients  ? Le travail en rotation est-il un facteur de pénibilité ?

Travail en équipe successives alternantes (travail posté) : définition

Le travail posté ne fait l'objet d'aucune définition légale. C'est une directive européenne qui le définit. On appelle travail posté, tout mode d'organisation du travail en équipe selon lequel des travailleurs sont occupés successivement sur les mêmes postes de travail, selon un certain rythme, y compris le rythme rotatif, et qui peut être de type continu ou discontinu, entraînant pour les travailleurs la nécessité d'accomplir un travail à des heures différentes sur une période donnée de jours ou de semaines (directive européenne 2003/88/CE du 4 novembre 2003).

Ce type d'organisation permet de mettre en place une utilisation prolongées des équipements de production. Les organisations telles que les 3x8 (travail posté semi-continu), les 2x8 (travail posté discontinu) ou les 2x12 font partie de ces organisations comportant des horaires de travail « atypiques ». Au cours d'un même cycle, chaque équipe occupe des postes de travail différents (matin, après-midi, nuit). Les équipes changent de tranche horaire chaque semaine ou chaque mois, par exemple.

Le travail posté peut comporter une période de travail de nuit. Rappelons que tout travail effectué au cours d'une période d'au moins neuf heures consécutives comprenant l'intervalle entre minuit et 5 heures est considéré comme du travail de nuit (article L. 3122-2 du Code du travail). La période de travail de nuit commence au plus tôt à 21 heures et s'achève au plus tard à 7 heures.

Effets et conséquences du travail posté

Les effets et risques liés au travail en rotation

Le travail posté peut, de par sa spécificité et les horaires atypiques qu'il implique, engendrer des risques ou conséquences pour la santé des travailleurs concernés, tels que :

  • troubles du sommeil, de la vigilance et risques accrus d'accident, (accident de travail ou de trajet) ;
  • fatigue, somnolence ;
  • impacts sur les systèmes digestifs et cardio-vasculaires, prise de poids, développement de TMS (troubles musculosquelettiques) ;
  • conduites addictives ;
  • anxiété, dépression, baisse des performances cognitives (mémoire, langage…) ;
  • impacts sur la vie sociale et personnelle (isolement social, décalages importants avec le rythme scolaire).

De ce fait, les travailleurs postés doivent bénéficier d'un niveau de protection en matière de sécurité et de santé adapté à la nature de leur travail.

Les avantages et compensations du travail posté

Néanmoins, même s'il peut engendrer un certain nombre d'effets négatifs, le travail en équipe comporte certains avantages. Il permet par exemple de disposer de plus de temps libre en journée et comporte une compensation salariale qui est souvent un élément déterminant dans la décision du salarié.

Le travailleur de nuit bénéficie de contreparties au titre des périodes de travail de nuit pendant lesquelles il est employé, sous forme de repos compensateur et, le cas échéant, sous forme de compensation salariale (article L. 3122-8 du Code du travail).

De très nombreuses conventions collectives prévoient l'attribution de primes d'équipe ou compensation salariale pour les travailleurs postés.

Suivi du travailleur posté

Aucun suivi médical renforcé n'est spécifiquement prévu pour le salarié travaillant en équipe successive, s'il n'est pas concerné par du travail de nuit.

Néanmoins, tout travailleur de nuit bénéficie :

  • avant son affectation sur un poste de nuit et à intervalles réguliers d'une durée ne pouvant excéder 6 mois par la suite, d'une surveillance médicale particulière (article L. 3122-42 du Code du travail) ;
  • d'un suivi individuel régulier de son état de santé. La périodicité de ce suivi est fixée par le médecin du travail en fonction des particularités du poste occupé et des caractéristiques du travailleur, selon des modalités déterminées par décret en Conseil d’État (article L. 4624-1 du Code du travail).

La salariée enceinte ou ayant accouché, qui travaille de nuit doit être affectée, si elle en fait la demande, à un poste de jour pendant la durée de sa grossesse et pendant la période du congé postnatal (article L. 1225-9 du Code du travail).

Travail posté : les démarches de prévention à mettre en place

L'employeur, qui est tenu d'une obligation de résultat en matière de préservation de la santé et de la sécurité de ses salariés doit faciliter les conditions de travail de ses travailleurs postés.

Bon nombre de démarches de prévention peuvent être mises en place par l'entreprise :

  • évaluer les risques (absentéisme, ambiance de travail, tolérance des plannings, contenu des activités, exposition à d'autres risques professionnels tels que le bruit ou le port de charges, conditions de travail…) et s'assurer que les mesures de préventions en place sont adaptées et efficaces ;
  • mettre en place des mesures de prévention : faciliter l'articulation entre temps de travail et temps personnel, s'assurer de la compatibilité des horaires avec les transports en commun (moins d'accident de trajet), maintenir autant que possible une certaine rotation des tâches, aménager efficacement les postes de travail (ergonomie, éclairage), prévoir des temps de pause suffisants, aménager une salle de pause et de repos adaptée ;
  • privilégier le volontariat et rendre possible le retour en horaires classiques pour les salariés qui en font la demande.

Un salarié travaillant en équipe a également un rôle important à jouer en optant pour des règles d'hygiène de vie qui préservent au maximum son sommeil, privilégiant une alimentation saine et équilibrée et en évitant la consommation d'excitants.

Le travail en équipe successives et alternantes impliquant au minimum une heure de travail entre 24 heures et 5 heures, fait partie des facteurs de pénibilité au travail (article L. 4161-1 du Code du travail). L'employeur doit consigner les conditions d'exposition à ce facteur de pénibilité de chaque travailleur concerné, dès lors que le salarié y a été exposé au moins 50 nuits par an (décret n° 2017-1769 du 27 décembre 2017).

Certaines entreprises dont l'effectif est supérieur à 50 salariés (ou appartenant à un groupe dont l’effectif comporte au moins 50 salariés) doivent négocier un accord ou établir un plan de prévention de la pénibilité lorsque 25 % de leur effectif total est concerné par une exposition aux facteurs de risques (article L. 4163-2 du Code du travail). À défaut, elles doivent payer une pénalité.